La Liberté – Le Coin des Dames
1916-02-08
Francoise des Bois (Wilhelmine Larrivee)
Version Originale – Francais
Savez -vous, amis, ce que l’on remarque de nos jours dans chaque famille, si vous êtes tant soit peu observateur!… Des “Cahiers de Mode” qui arrivent comme un avalanche trois ou quatre fois par année, avec la mission de soulager le porte monnaie pour gonfler en autant celui des maisons juives! Si ces “feuilles de mode” étaient déchirées et jetées au poêle, la propriété de nos villages de nos campagnes y gagnerait beaucoup; de même le goût de la toilette ne s’introduirait pas si bonne heure dans nos familles….
Autrefois, si j’ai bien souvenance, ces “catalogues”, ces “revues” n’existaient pas et pourtant nos “mères” avaient mis beaucoup de goût et d’harmonie dans leurs habits. Mais c’étaient le siècle où l’on s’habillait pour sortir dans la rue, comme pour aller à l’église!…
Aujourd’hui la toilette a atteint des proportions telles que c’est un art, une étude et qu’il faut presque une science d’analyse pour arriver au degré d’élégance qui donne la suprématie. Loin d’écouter toujours le bon goût on peut dire avec raison que le ridicule domine dans bien des costumes. L’exagération est telle qu’elle devient un fléau. De la jupe “entrave”, aujourd’hui l’on est tombé dans l’excès pour l’ampleur. Cette mode, comme toutes les autres n’est que la fantaisie créée par quelques têtes légères et voilà que le public accepte tout en esclave, abdiquant quelquefois son goût pour celui des autres d’un mérite moindre.
Si jusqu’à un certain point “la mode” a sa raison d’être, n’exagérons donc rien. Soyons ni les premiers ni les derniers à s’emparer d’une “nouveauté”!
La mode, après tout, ne vaut que par qui la porte. Autant dire que le geste physique, la correction des attitudes défectueuses, ou la grâce inné sont indispensables a l’impression favorable d’une toilette. Une toilette compliquée coûteuse est loin d’être toujours belle et favorable a qui la porte, tandis qu’une jeune personne sera quelque fois très élégante avec une simple robe de cinquante sous la verge. Sa grâce réside dans sa simplicité de sa toilette et dans sa modestie d’où sa beauté rayonne à son insu. De même pour la coiffure; choisissez de préférence celle qui va à votre figure, sans lui donner un air “singulier”, “négligé” ou hardi!
Les inventions de l’art ne vaudront jamais l’éclat que la nature met en nous, quand on n’arrive pas à l’altérer en voulant trop la perfectionner.
Francoise des Bois
Janvier 1916
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La Liberté – The Women’s Corner
February 8, 1916
Françoise des Bois (Wilhelmine Larrivée)
English Translation Version
Do you know, friends, what one notices these days in nearly every family—if you are at all observant? Fashion magazines arrive like an avalanche three or four times a year, with the clear mission of emptying our purses while filling those of the merchants. If these “fashion pages” were torn up and thrown into the stove, our villages and rural households would be much better off. The obsession with dress would not take hold so early in our families.
In the past, if I remember correctly, these catalogues and magazines did not exist, and yet our mothers showed great taste and harmony in how they dressed. It was a time when one dressed to go out in public just as one would to go to church.
Today, fashion has reached such proportions that it has become an art, a study—almost a science—to achieve the level of elegance that wins admiration. Far from always reflecting good taste, it is fair to say that the ridiculous often dominates in many outfits. Exaggeration has become so extreme that it is almost a plague. From the restrictive “hobble skirt,” we have now swung to the opposite excess of fullness. Like all fashions, this is nothing more than a whim created by a few frivolous minds—yet the public accepts it slavishly, sometimes abandoning its own judgment in favor of others with far less merit.
While fashion may have its place to a certain extent, let us not overdo it. Let us be neither the first nor the last to seize upon every new trend.
After all, fashion is only as good as the person wearing it. One might say that posture, the correction of awkward habits, and natural grace are essential to creating a favorable impression. A complicated and expensive outfit is far from always beautiful or flattering, whereas a young woman may at times appear very elegant in a simple dress. Her grace lies in the simplicity of her attire and in her modesty, from which her beauty shines—often without her even realizing it. The same applies to hairstyles: choose one that suits your face, without making you look odd, careless, or overly bold.
The inventions of art will never equal the radiance that nature gives us—especially when we do not spoil it by trying too hard to perfect it.
Françoise des Bois
January 1916