Gossip and the Quiet Harm of Words

La Liberte – Le Coin des Dames -1er novembre 1915

Francais

Beaucoup de personnes, écrivait un moraliste, compensent le mal qu’elles ne font pas par celui qu’elles disent. Elles semblent trouver là une sorte de dédommagement. Je crois l’appréciation un peu sévère, mais quelle part de vérité ne contient-elle pas ? On connaît tous les arguments dont se servent les médisants pour s’excuser et même se justifier dans l’occasion. Après tout, je ne dis que la vérité, je n’invente rien. Comme si la médisance n’était pas la révélation inutile de choses vraies, mais défavorables au prochain. Sans parler que ce défaut est le vice des hommes bas, peut-être moins le produit de la méchanceté que d’un manque d’intelligence encore.

 Quand on a du mérite, on n’est pas jaloux de celui d’autrui, et quand on a bon cœur, on ne fait pas aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils fissent à soi-même. Si l’on rit, si l’on applaudit quelquefois dans une réunion à une médisance dite avec esprit dans le fond, on déteste le médisant, parce que ce dernier s’attaque non seulement aux défauts du prochain, mais encore à tout ce qui sert de pâture à la malignité des paroles. 

Analysons davantage. Signaler le ridicule, n’est-ce pas rire aux dépens de la personne et appeler sur elle la moquerie et le sarcasme ? Souvent un travers mis en lumière avec habileté amoindrira plus nos amis aux yeux du monde qu’on ne vise véritablement. Le proverbe n’est-il pas à l’appui de ces vérités ? Le ridicule ne se contente pas de blesser, il tue.

 J’admets qu’une chose déplacée ne peut pas être admise, mais rien ne nous oblige à la publier, à la souligner complaisamment. Bien qu’il existe des exceptions aussi louables que nombreuses, remarquons que dans les petits centres, même dans les campagnes, où l’on se complaît à narrer, en manière de distraction, les défiances des uns, les scandales des autres, au point de ne plus se faire scrupule de passer sa vie à bêcher son violon, cela exige si peu de travail de s’assurer ainsi l’attention et les suffrages de ceux qui écoutent.

 D’autres, plus habiles dans l’art de causer, semblent professer à l’égard de leurs victimes une sincère affection, si bien qu’on dira : « Voilà une charmante personne, mais… voilà un excellent homme, mais… » et les restrictions qu’on apporte à la louange prennent de telles proportions qu’elles effacent jusqu’au souvenir de la première bonne parole.

 Encore un autre individu qui joue un grand rôle dans les réunions intimes, c’est le personnage aux larges épaules que je vous présente sous le nom de M. A. Monsieur On est ni plus ni moins le monstre de la médisance : voulant se mettre en jeu le moins possible, il remplace « je » par « on ». C’est l’endosseur de toutes les responsabilités des peureux. Ce mot si court, si insignifiant, sait détailler les misères, énumérer les tristesses, souligner les hontes et quelquefois porter des jugements fort injustes.

 S’il faut causer, mettons de bonnes choses à l’actif de notre prochain en venant en aide à la causerie, non par des coups de raquette, de l’arme si vous voulez, mais en additionnant avec joie les bonnes actions, les hauts faits de nos proches, de nos amis. Ainsi, talents, vertus, sacrifices mis au jour seront une règle incomparable pour ceux qui vous écouteront et vous rendront la pareille une fois le seuil de la porte franchi.

Francoise de Bois

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Gossip and the Quiet Harm of Words

La Liberte – Le Coin Des Dames – Nov. 1, 1915

English

Many people, a moralist once wrote, make up for the harm they don’t commit by the harm they speak. It may sound harsh, but there’s a lot of truth in it. We all know the excuses people use to justify gossip: I’m just telling the truth. I’m not making anything up. As if gossip weren’t simply the unnecessary sharing of things that may be true, but that hurt others. This habit belongs to small-minded people, less from cruelty  perhaps than from a lack of judgment.

When you have real worth, you don’t envy others. And when you have a good heart, you don’t do to people what you wouldn’t want done to yourself. Even when we laugh or applaud a cleverly delivered remark at someone else’s expense, we still dislike the person who said it. That’s because the gossip targets not only flaws, but anything that can feed the cruelty of words.

Let’s take this further. Pointing out someone’s ridiculous side—isn’t that just laughing at their expense and inviting mockery? A flaw highlighted with wit can damage a friend’s reputation far more than we ever intended. The saying has it right: ridicule doesn’t just hurt—it destroys.

Of course, something inappropriate shouldn’t be accepted. But nothing forces us to broadcast it or linger over it with pleasure. In small communities, even in rural places, people often treat gossip as entertainment—recounting suspicions, repeating scandals—until they no longer hesitate to spend their lives harping on the same stories. It takes very little effort to win attention and approval this way.

Others are more subtle. They present themselves as warm and caring toward those they criticize, saying things like, She’s wonderful, but… or He’s a great man, but… The “but” grows so large that it erases the compliment entirely.

Then there’s another familiar character in close gatherings: the one who never speaks in the first person. Let’s call him Mr. One. He avoids responsibility by replacing I with “people say” or “one hears”. This small, slippery phrase takes on all the cowardice of the timid, while still managing to list misfortunes, expose embarrassments, and pass unfair judgments.

If we must talk, let’s steer the conversation toward what’s good in others. Not by striking blows with words, but by willingly adding up the good deeds, strengths, and generosity of those around us—our friends, our community. When we bring talents, virtues, and sacrifices into the light, we set an example for others, who will carry that same spirit with them when they walk back out the door.

Francoise des Bois

Wilhelmine Larrivee

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